Avec 15 autres étudiants de l'Université de Hong Kong, je suis partie dans le nord de la Thaïlande pour un projet de volontariat afin de construire une école pour des réfugiés dans une zone marquée par les tensions frontalières. Une expérience enrichissante que j'ai plaisir à partager.


Premières impressions
Mae Sot fait souvent la une des titres pour sa proximité avec les centres d’appels et d’arnaques entraînant une perception de la ville comme très dangereuse. S’ajoute à cela une situation politique instable dans la région qui renforce cette opinion générale. Au-delà de tous ces préjugés, j’ai décidé de participer à un voyage de volontariat dans cette ville frontalière entre la Thaïlande et le Myanmar, organisé par des étudiants de l’Université de Hong Kong. Au programme : visite d’ONG, construction d’une école et dialogue avec des étudiants birmans. Avec 15 autres camarades de HKU, j’ai pris un bus de nuit en direction de Mae Sot, après avoir atterri à Bangkok. Après un trajet de 8 heures, ponctué de contrôles d’identité et d’un arrêt sur une aire d’autoroute où l’odeur de la nourriture se mêlait à celle de la fumée de cigarette, nous sommes arrivés à 4 heures du matin à Mae Sot. Deux trucks à banquette ouverte nous attendaient, prêts à charger nos bagages et notre équipe fatiguée afin de nous transporter jusqu’au logement. Première découverte nocturne : une ville silencieuse, des rues vides et l’air frais de la Thaïlande.
Des ONG à Mae Sot
Notre programme était bien chargé : le premier jour était dédié à la visite des ONG locales, de cliniques et d’autres entités ayant pour mission d’aider les populations venant de Birmanie. Dans nos trucks ouverts, nous avons sillonné les deux rues principales de Mae Sot et les villages plus reculés autour de la ville à la découverte de celles-ci. Les objectifs de ces ONG sont variés, mais leurs discours sont subtilement similaires. On nous explique que les difficultés financières se sont accrues depuis l’arrivée de Donald Trump à la présidence des États-Unis, entraînant l’arrêt de USAID, qui était jusqu’alors la principale source de financement des ONG à Mae Sot. Nous comprenons alors l’urgence de la situation et réfléchissons à d’éventuelles collaborations entre nos étudiants et ces ONG. Celles-ci nous exposent leur quotidien, marqué par le fait de jongler entre la recherche de financements ainsi que de gérer les enjeux légaux, car aider des réfugiés en situation irrégulière constitue un défi majeur nécessitant discrétion et renfort administratif. Nous prenons alors plus conscience des difficultés à multiples facettes auxquelles doivent faire face ces organisations aujourd’hui.
Un chantier orangé
Les cinq jours suivants sont dédiés à la construction d’une école à Mae Sot. Nous soutenons un projet initié par une ONG allemande, qui a recruté des architectes allemands pour collaborer avec des travailleurs locaux afin de construire une extension de classe pour les enfants birmans. Les organisateurs de ce projet proviennent de la faculté d’architecture de l’université, ce qui explique ce choix de travail. Étant moi-même issue de la faculté des sciences sociales, mon rôle a principalement consisté en des recherches préalables et en l’organisation logistique de ce voyage, mais j’ai aussi participé activement au chantier en fabriquant des briques. En imitant les travailleurs locaux, j’ai préparé la pâte en mélangeant, à l’aide de mes pieds, l’eau, l’argile et d’autres matériaux. Sous un soleil de plomb, il fallait ensuite transporter ce mélange dans des moules et le laisser sécher avant de former les briques à l’aide d’une machette. Puis, ces briques devaient être transportées sur le chantier avant d’être ajoutées aux murs. C’est dans une ambiance studieuse mais chaleureuse que ces cinq jours se sont déroulés, laissant de très bons souvenirs et des tâches orangées sur mes vêtements.
Rencontres et fin de projet
Après nos journées de travail, nous avons découvert la culture birmanes, dont les spécialités culinaires comme le thé au lait birmans et la salade de feuilles de thé, qui a été mon coup de cœur. Des étudiants birmans nous ont présenté leur vision du Myanmar à travers une présentation détaillée sur les différentes régions et éthnicité et des discussions passionnantes sur leur histoire et leurs ambitions. Après une semaine passée à Mae Sot, c’est avec le cœur lourd que nous avons dû partir, en leur promettant de revenir. Nous sommes retournés à Bangkok par le même bus de nuit, avec autant d’arrêts pour les contrôles de passeport. Nous avons profité de quelques heures à Bangkok pour découvrir le marché de nuit et goûter aux spécialités locales avant de reprendre l’avion et de retrouver nos cours. Alors que l’opinion générale associée Mae Sot à un endroit dangereux, l’impression que je garde de cette ville est tout autre : pour moi, c’est un lieu chaleureux qui a aucun moment m’a fait me sentir en danger.
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