Les icônes en bronze de Swamimalai ont été inscrites au Registre des Appellations d’origine contrôlée en 2008-2009. Le logo a été inscrit en 2015-2016. Swamimalai est une petite ville située à environ 40 km de la ville de Thanjavur. Et c’est là que se concentre le plus grand nombre d’artisans spécialisés dans ce type de travail du métal.


Le logo des icônes en bronze de Swamimalai
En 2024, 30 logos identifiant des produits artisanaux et agricoles figurent au Registre des Appellations d’Origine contrôlée. Le premier d'entre eux, enregistré en 2004, a été celui du thé de Darjeeling. Le deuxième logo inscrit appartenait au Kota Doria, un type de sari du Rajasthan.
Le registre semble examiner les demandes par lots : la plupart des logos ont été enregistrés au cours d'une même période d'environ trois ans, entre 2014 et 2017. Et depuis, très peu ont rejoint le registre.
Il est intéressant de noter que la société de design de Mumbai Arkloop Solution, qui a créé le logo des icônes de bronze de Swamimalai, a aussi créé le logo de sept autres artisanats enregistrés sur la même période : parmi eux les logos des bijoux du temple de Nagercoil, celui du Tamil Nadu, ainsi que ceux des jouets en cuir d'Indore, dans le Madhya Pradesh, des appliqués de Khatwa et des broderies de Sujini, tous deux originaires du Bihar.
La sculpture en bronze et l’empire Chola
Swamimalai est le seul lieu du Tamil Nadu où des artisans perpétuent le savoir-faire de la sculpture en bronze, développé durant la période Chola. Cette dynastie médiévale, qui a dominé le sud de l’Inde du IIIᵉ siècle avant J.-C. jusqu’à son déclin au XIIIᵉ siècle, est reconnue pour son mécénat artistique et culturel. Les rois Cholas ont enrichi l’art et la culture tamoules, et ont également diffusé leur héritage au-delà des frontières, dans les territoires d’outre-mer qu’ils ont conquis.
Des sources historiques mentionnent déjà la présence de ces artisans aux débuts du royaume Chola. Pendant l’apogée des Cholas au IXe siècle, lorsqu'ils ont financé la construction de grands temples et le développement de l'architecture, l’artisanat en bronze a connu une période de grand essor.
Les Cholas et la culture populaire
Puisque nous parlons de l'empire Chola, et pour ceux qui partagent avec moi ce mélange d'intérêt pour le cinéma indien, d'admiration pour les épopées historiques et de désir de divertissement, je ne peux que recommander vivement de regarder la saga Poniyin Selvam I et II (également connue sous le nom de PS1 et PS2) sortie au cinéma en 2022 et 2023.
La première partie raconte l'histoire des débuts d'Arulmozhi Varman (Ponniyin Selvan), qui deviendra l'empereur Chola Rajaraja Ier (947-1014). La deuxième partie de la saga continue de suivre le prince Arulmozhi Varman et sa famille alors qu'ils font face aux menaces qui pèsent sur l'empire Chola.
Ces deux films figurent parmi les films tamouls les plus acclamés au box-office. Ils racontent une période très importante de l’histoire du sud de l’Inde, très peu connue à l’extérieur du pays.

Comment les sculpteurs en bronze sont arrivés dans la région ?
Sous le règne de la dynastie Chola, l'empereur Rajaraja Ier chargea un groupe de sculpteurs de construire le temple Brihadeshwara à Thanjavur. Les sculpteurs qui avaient travaillé au moulage de statues pour les temples Airavatesvara et Brihadeshwara se sont ensuite installés à Swamimalai.
Les deux temples font partie du groupe des trois grands temples Chola inscrits sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO, qui comprend également le grand temple de Gangaikonda Cholapuram.
La tradition de la sculpture en bronze aujourd’hui
Les icônes en bronze de Swamimalai incarnent le savoir-faire ancestral des artisans et leur connaissance de la métallurgie. Actuellement, environ 1200 personnes sont impliquées dans la fabrication de ces sculptures. Ces artisans appartiennent traditionnellement à la communauté Vishwakarma, spécialisée dans la sculpture sur métal depuis plusieurs siècles. La production est contrôlée pour limiter le nombre et maintenir la qualité des sculptures.

Comment sont fabriquées les sculptures en bronze de Swamimalai ?
La technique de fabrication des icônes en bronze de Swamimalai repose sur le moulage à la cire perdue. La création des icônes comprend quatre étapes principales, que nous ne détaillerons pas ici.
Les artisans utilisent des outils traditionnels, que pour la plupart ils fabriquent eux-mêmes. Bien que ces derniers temps, ils aient commencé à utiliser des outils électriques tels que des perceuses, des souffleurs et des limes...
Les icônes peuvent être fabriquées en bronze ou en panchaloha (ce terme signifiant littéralement un alliage de cinq métaux, sous différentes formes et tailles). Pour les icônes en bronze, le cuivre, le laiton et le plomb sont utilisés comme matières premières. Pour le panchaloha, le cuivre, le laiton, le plomb, l'argent et l'or sont employés.
Pour fabriquer les moules, on utilise le sol alluvionnaire des rives de la rivière Cauvery. Cette glaise a pour caractéristique de permettre aux moules du modèle en cire de ne pas développer de fissures en séchant. C’est l’une des raisons pour lesquelles les artisans se sont installés définitivement sur les berges du Cauvery.
Quelles sont les images les plus sculptées ?
Toutes les images sont réalisées à des fins de culte, et divers rituels doivent être accomplis avant le début du travail du métal. Les bronzes représentant des figures mythiques et des dieux de la religion hindoue sont destinées aux puja, un rituel religieux qui a des significations différentes selon le contexte. De nombreux hindous pratiquent la puja chaque jour, chez eux ou dans les temples.
Dans de nombreux cas, les sculptures sont fabriquées sur commande, la divinité représentée dépend donc de la personne qui passe la commande. En plus des matériaux traditionnels tels que le bronze et le panchaloha, la commande peut inclure d’autres matériaux. On trouve ainsi, aussi, des icônes en or pur ou en argent.
Le commanditaire doit préciser si l'icône commandée est destinée à un lieu public, car en principe, elles sont différentes des sculptures réalisées pour une maison ou un lieu de culte privé.
Les principes techniques de conception des sculptures
La taille de l'image est considérée comme très importante. Le sculpteur prend des mesures en utilisant les unités définies dans le Shilpa Shastras pour créer des icônes. Littéralement, la science de Shilpa s'applique aux arts et métiers. En pratique, ce sont des manuels de sculpture et d'iconographie hindoue, prescrivant, entre autres, les proportions, la composition, la signification et les règles de fabrication d'une figure sculptée. Les principes du Shilpa Shastra servent également de référence aux artisans qui travaillent le bois et la pierre pour créer des divinités hindoues. Les icônes de bronze de Swamimalai, les peintures de Thanjavur et les sculptures d'Arumbavur sont parmi les artisanats typiques qui suivent les principes traditionnels fixés par le Shilpa Shastra.
Le Shilpa Shastra attribue des classes distinctes aux différentes divinités, et les dimensions de leurs icônes doivent suivre les proportions attribuées à ces classes. Ainsi, il décrit 30 mesures détaillées pour différents types d'icônes. En tout, il existe dix catégories d'icônes.
Cependant, il existe des caractéristiques très spécifiques aux sculptures en bronze de Swamimalai, qui se réfèrent à leur histoire. D’abord, l'unité de mesure utilisée dans la création des icônes est le tala. Il existe deux types de tala, mais ceux utilisés à Swamimalai sont basés sur la distance entre la racine des cheveux et l'extrémité de la mâchoire inférieure. Le tala est divisé en 12 parties égales, équivalentes à la largeur d'un doigt, et cela continue jusqu’à la plus petite unité, un paramu, plus petit que l'extrémité d'un seul cheveu.

Où les acheter et à quel prix ?
Une sculpture élaborée peut être achetée sur Etsy (rechercher Dharma Statues) pour 1,4 lakh INR, soit 16.000 €. Certaines contiennent des pierres semi-précieuses et nécessitent un nombre considérable d'heures de travail en raison des incrustations. Ce sont des produits exceptionnels, dont le tarif correspond au travail réalisé. Mais de tels prix ne sont pas courants : ceux de la plupart des sculptures sont nettement inférieurs, à partir de 10.000 INR ou 120 € environ.
On trouve également des sculptures en vente sur Amazon. Mais leur provenance n'est pas toujours claire, car les prix ne correspondent pas aux tarifs normaux de ces objets artisanaux sur le marché local.
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