Édition internationale

Nada Harward, Consule honoraire à Bristol : de l’international à la diplomatie locale

Avec un parcours international riche et varié, Nada Harward incarne une diplomatie de proximité. De ses missions au sein des Nations Unies à son engagement auprès des Français de Bristol et Bath, elle a su adapter son expertise aux enjeux locaux tout en restant fidèle à son attachement pour la France. Entre assistance consulaire, représentation et enseignement, retour sur le parcours et les missions de cette Consule honoraire aux multiples casquettes.

Nada Harward, élections 2024Nada Harward, élections 2024
À droite, Nada Harward, élections 2024
Écrit par Hermine Pinoteau
Publié le 17 février 2025

 

Le parcours de Nada Harward : une carrière diplomatique aux racines internationales

 

Avant de devenir Consule honoraire à Bristol et Bath, Nada Harward a suivi un parcours académique centré sur le droit international, l’administration des organisations internationales et les sciences politiques. Des disciplines qui lui tiennent particulièrement à cœur et qui s'inscrivent dans une “tradition familiale”, ses parents ayant évolué dans les sphères de la diplomatie et de la politique. 

 

Son parcours professionnel, quant à lui, s’est construit aux quatre coins du monde. Nada Harward débute sa carrière dans un musée interculturel et à l’Institut du monde arabe à Paris, avant de rejoindre Genève, où elle contribue à la création d’une association visant à coordonner les actions des autorités locales, comme les jumelages entre collectivités territoriales.

 

Elle reconnaît “que les portes se sont ouvertes les unes après les autres”. Recrutée par les Nations Unies, elle prend part à des missions de maintien de la paix, notamment en Afrique, où elle rencontre son mari britannique. Mais ces missions prennent fin lorsqu’elle tombe enceinte, une période qu’elle évoque avec émotion : “Quand je suis tombée enceinte, j’ai dû arrêter ma mission, j’ai tout de suite été évacuée du Sahara pour Paris. Mes enfants sont devenus ma priorité et j’ai dû me réinventer”.

 

Nada Harward parvient néanmoins à poursuivre son parcours international. Au Liban, elle intègre l’United Nations Resident Coordinator Office (UNRC). À Abu Dhabi, elle enseigne à la Sorbonne, d’abord en tant que chargée de travaux dirigés, avant de dispenser des cours magistraux sur l’introduction au droit des relations internationales, ou encore, sur le français comme langue diplomatique.

 

Enfin, elle et son mari font le choix de s’installer en Angleterre, et plus précisément à Bath, pour “permettre à nos filles d’avoir des racines” et se rapprocher de leurs familles respectives. 

 

D’un engagement international au rôle de Consule honoraire

 

À son arrivée à Bristol, Nada Harward doit une nouvelle fois “se réinventer”, adapter son mode de vie et tracer un nouveau chemin professionnel. Elle commence par s'engager comme bénévole auprès des réfugiés, tout en collaborant avec l’ancienne Consule honoraire de la ville. Lorsque celle-ci quitte ses fonctions, la candidature de Nada Harward est retenue et validée par le Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères.

 

Nada Harward souligne que malgré ses nombreux déplacements à l’étranger, son lien avec la France ne s’est jamais distendu : “Même lors de mes missions à l’étranger, j’ai toujours gardé un contact avec la France. Si je ne participais pas en tant que volontaire aux élections, je recevais du vin et du fromage de l’ambassade, pour les fêtes nationales”, confie-t-elle avec humour.

 

Parallèlement à sa nouvelle position de Consule honoraire de Bristol, elle rejoint avec enthousiasme Bath Spa University en tant qu’enseignante dans le domaine des relations internationales : “J’ai toujours travaillé dans ce champ d’étude, en plus d’avoir vécu et travaillé sur quatre continents”

 

Consule honoraire : Un engagement polyvalent et exigeant

 

Bien que la charge de travail portée par Nada Harward soit flexible et que, selon ses mots, “chaque Consul honoraire peut organiser son travail différemment”, les missions qu’elle assume sont multiples et exigeantes. Elle doit parfois répondre à des urgences dès sept heures du matin, y compris le dimanche.  

 

Son rôle ne se limite pas à ces interventions imprévues : elle assure également une mission de représentation auprès des autorités britanniques, notamment des mairies de Bristol et Bath et des élus locaux : “Il faut montrer que nous sommes présents et à l’écoute de nos compatriotes, mais aussi donner une bonne image de la France”. Au-delà de cette mission de représentation, il s’agit également de promouvoir la francophonie puisque “la langue française perd du terrain. Beaucoup d’écoles britanniques ne l'enseignent plus”

 

À cela s’ajoutent des tâches administratives essentielles, comme la délivrance de titres, de légalisations ou de procurations. 

 

Les déplacements font aussi partie intégrante de ses fonctions, en particulier pour gérer des situations délicates : “Lorsque des tragédies surviennent, comme des décès, je consacre davantage de temps à ces situations et me déplace personnellement. Je ne peux pas laisser les familles endeuillées venir vers moi avec une urne”. Autant de moments qui sollicitent des compétences humaines qu’elle a dû développer au fil du temps : “Je rends visite à ces familles endeuillées pour tenter de leur apporter un soutien psychologique, même si je ne suis absolument pas formée pour cela. Mon travail auprès des réfugiés m’a toutefois permis d’affiner mon sens de l’écoute”.

 

Consciente de l’impact de son engagement sur sa vie personnelle, Nada Harward a appris à poser des limites : “J’essaie de consacrer seulement deux jours par semaine aux demandes envoyées par mail. Sinon, mon rôle de Consule honoraire empiète sur ma vie de famille ou mon travail d’enseignante. Avant, je répondais à ces demandes tous les jours”. Cette organisation lui est d’autant plus nécessaire que, souvent, elle doit gérer seule ses deux filles. Son mari, encore en poste aux Nations Unies, est fréquemment absent : “Il peut partir pendant deux ou trois mois, ce qui m’oblige à être pleinement présente pour mes filles et à jongler entre mes différentes responsabilités”.

 

Coopération et réseaux : une diplomatie locale en action

 

Nada Harward travaille en étroite collaboration avec les autres Consuls honoraires français au Royaume-Uni, avec qui elle échange régulièrement des conseils précieux pour mener à bien ses missions. 

 

Elle peut également compter sur le soutien des services consulaires généraux français à Londres lorsqu’elle doit répondre à des situations urgentes et délicates : “Lorsque des Français sont incarcérés, qu’il y a des suicides ou des décès, j’ai toujours l’appui des services sociaux de Londres, de l’état civil et du Consulat général”.

 

Les visites officielles renforcent aussi cette nécessité de coordination : “Nous en recevons fréquemment, ce qui implique un contact constant entre nous. Par exemple, lorsqu’un dignitaire est accueilli, nous veillons à organiser sa visite de manière concertée”.

 

À Bristol, Nada Harward bénéficie également de la solidarité des autres services consulaires européens : “Je ne suis pas seule. Il y a d’autres Consuls honoraires européens à Bristol, et nous essayons de nous retrouver régulièrement avec mes collègues italien, allemand, finlandais, roumain, chypriote, polonais et belge”. Cette coopération s’est révélée particulièrement précieuse lors du Brexit : “Nous faisions face aux mêmes demandes et aux mêmes interrogations, ce qui nous a permis de travailler ensemble pour y répondre”.

 

Enfin, Nada Harward est régulièrement amenée à collaborer avec les villes de Bordeaux et d’Aix-en-Provence, respectivement jumelées avec Bristol et Bath. Elle s’implique notamment dans le travail des associations de jumelage.

 

 

Réunion consulaire

 

 

La communauté française de Bristol et Bath : solidaire et engagée

 

Nada Harward met en avant l’esprit de solidarité qui unit la communauté française de Bristol et Bath, forte d’environ 3.000 membres rien qu’à Bristol. : “À chaque élection que nous organisons, de nombreux volontaires se portent spontanément candidats pour aider”.

 

Elle observe également une véritable entraide entre ses membres : “Je pense que la communauté française de Bristol est très solidaire. Il y a ici un esprit de volontariat et de bienveillance que je n’avais pas trouvé en France. Les gens sont de bonne volonté, ils veulent s’impliquer”. Grâce à cette dynamique, un véritable réseau d’entraide s’est construit au fil des années : “Nous avons réussi à créer un esprit de solidarité et de communauté”.

 

“Je pense que la communauté française de Bristol est très solidaire. Il y a ici un esprit de volontariat et de bienveillance que je n’avais pas trouvé en France. Les gens sont de bonne volonté, ils veulent s’impliquer”

 

Bristol, une ville dynamique et ouverte sur le monde

 

Lorsque nous avons demandé à Nada Harward de présenter la ville dont elle est Consule honoraire, elle n’a pas hésité une seconde : “Bristol est une ville verte et dynamique, qui reste tout de même à taille humaine. C’est aussi une ville internationale, où la diversité est véritablement accueillie, avec de nombreuses communautés différentes”.

 

Elle souligne également l’engagement de la ville : “Bristol a une vie associative riche et cherche à se démarquer de la politique nationale. Brexit ou non, c’est une ville résolument pro-européenne”. Sur le plan économique, Nada Harward nuance : “Les opportunités professionnelles existent, même si le contexte économique est difficile”.

 

Enfin, elle encourage les Français tentés par l’aventure britannique : “Il faut oser venir à Bristol ! Conseil d’une personne qui a vécu et voyagé aux quatres coins du monde”, avant de conclure sur une note plus gastronomique : “Les expatriés français ne seront pas dépaysés, il y a d’excellentes pâtisseries !”.