Édition internationale

Dani Alves acquitté : retour sur une affaire judiciaire médiatique (et controversée)

Après plus d’un an passé derrière les barreaux, l’ancien footballeur brésilien Dani Alves a été acquitté par le Tribunal supérieur de justice de Catalogne (TSJC). Accusé d’avoir agressé sexuellement une jeune femme dans une discothèque de Barcelone en décembre 2022, il avait été condamné en février 2024 à quatre ans et demi de prison. Cette décision vient d’être annulée, relançant les débats sur la justice, la présomption d’innocence et la parole des victimes.

dani Alves avec son avocate Ines Guardiola à Barcelonedani Alves avec son avocate Ines Guardiola à Barcelone
EPA Images pic/ Dani Alves avec son avocate Ines Guardiola à Barcelone
Écrit par Paul Pierroux-Taranto
Publié le 31 mars 2025, mis à jour le 1 avril 2025

Dani Alves innocenté : ce que dit la justice espagnole

Le TSJC a estimé que la condamnation initiale souffrait de “déficits d’évaluation”, d’incohérences et de contradictions dans les faits présentés. Composé de trois femmes et d’un homme, le tribunal a jugé à l’unanimité que le témoignage de la plaignante manquait de fiabilité et que les éléments matériels – notamment les vidéos de surveillance de la discothèque – ne permettaient pas de dépasser le seuil requis pour condamner, en vertu du principe de présomption d’innocence.

 

 

La condamnation prononcée par l’audience provinciale de Barcelone est donc annulée. Dani Alves, qui a passé 437 jours en détention provisoire, a retrouvé la liberté le 25 mars dernier. Il pourrait désormais demander une indemnisation à l’État espagnol, évaluée à plus de 13.000 euros selon les barèmes habituels.


 

Une discothèque, un canapé, un huis clos

Les faits remontent à la nuit du 31 décembre 2022, dans la boîte de nuit Sutton à Barcelone. Alves, alors en vacances après la Coupe du monde au Qatar, aurait invité trois jeunes femmes à sa table dans la zone VIP. Il aurait ensuite entraîné l’une d’elles, âgée de 23 ans, dans une zone privée avec un canapé et des toilettes. La plaignante affirme avoir été violée et frappée, après avoir d’abord suivi le footballeur volontairement.

Au fil de l’enquête, Dani Alves a modifié à plusieurs reprises sa version des faits : il a d’abord nié connaître la jeune femme, avant de reconnaître un rapport sexuel, qu’il a qualifié de consenti. Il a expliqué ses contradictions par sa volonté de protéger son épouse, la mannequin Joana Sanz, de son infidélité.

 

Des réactions politiques et institutionnelles divisées en Espagne

L’acquittement a suscité de vives réactions politiques, notamment de la part de la ministre des finances et dirigeante du PSOE andalou, María Jesús Montero, qui a qualifié la décision dehonteuse”. Elle déplore que la parole des femmes continue d’être mise en doute, même face à des hommes puissants et médiatisés.

La vice-présidente du gouvernement, Yolanda Díaz, a elle aussi exprimé son soutien à la plaignante, estimant qu’il fallait une justice plus sensible à la réalité des agressions sexuelles.

À l’inverse, plusieurs associations de magistrats ont dénoncé ces prises de position politiques, affirmant que remettre en cause la présomption d’innocence revenait à sortir du cadre constitutionnel. Même l’association progressiste Jueces y Juezas por la Democracia, proche du PSOE, a salué la décision du TSJC, considérant que la preuve n’avait pas été suffisamment établie.

L’affaire Dani Alves met en lumière les tensions croissantes entre le respect des droits fondamentaux (la présomption d’innocence) et la volonté de faire avancer la lutte contre les violences faites aux femmes.  Avec cette décision, tous les effets de la condamnation initiale sont annulés : Dani Alves n’a plus à respecter les mesures de liberté surveillée, d’éloignement ou de dédommagement de la victime. Mais le débat public, lui, est loin d’être clos.