Températures records, pluies diluviennes, vagues de chaleur à répétition… L’année 2024 a plongé l’Espagne dans une succession de phénomènes climatiques extrêmes, dont la redoutable DANA d’octobre dernier. Le changement climatique, longtemps relégué au rang de menace abstraite, s’impose désormais comme une réalité concrète, qui bouscule le quotidien des Espagnols. Pourtant, selon une récente enquête de l’organisation des consommateurs et usagers (OCU), une large part de la population reste mal informée sur les causes du dérèglement climatique, ses conséquences et les réponses possibles.


Avec une température moyenne de 15 ºC, 2024 est la troisième année la plus chaude jamais enregistrée en Espagne, derrière 2022 et 2023. Le pays a été frappé par trois vagues de chaleur, de longues sécheresses, et en octobre, un épisode de pluies diluviennes (la fameuse DANA) a provoqué des inondations dramatiques qui ont fauché plus de 200 vies sur le littoral valencien. Plusieurs régions ont ensuite été submergées par des précipitations intenses, aussi inattendues que persistantes. En 2024, la météo n’a pas simplement fait la pluie et le beau temps : elle a fait vaciller nos certitudes. Qu’en pensent les principaux concernés ?
Climat : des Espagnols inquiets, mais mal informés
Si une majorité d’Espagnols reconnaît l’existence du dérèglement climatique, la compréhension des enjeux et des politiques publiques reste lacunaire. Selon l’enquête de l’OCU, 38 % déclarent se sentir bien informés sur le sujet. Pourtant, seuls 23 % estiment comprendre les mesures mises en place par leur pays pour y faire face.
Interrogés sur les causes du phénomène, près de la moitié des sondés (47 %) attribuent le changement climatique aux activités humaines, mais une large part (45 %) évoque une combinaison entre action humaine et évolution naturelle. Une confusion qui se reflète dans les résultats d’un test de connaissances : seul 1 % des participants a correctement identifié six affirmations sur sept liées aux causes et effets du changement climatique. À l’inverse, 11 % se sont trompés sur l’ensemble des questions.
De plus en plus de personnes en Espagne changent de domicile à cause du climat
Des effets de plus en plus visibles en Espagne
Pour les Espagnols, les conséquences du réchauffement sont désormais palpables : hausse des températures estivales, sécheresses plus fréquentes, multiplication des vagues de chaleur… Des bouleversements climatiques qui s’accompagnent d’effets économiques concrets, comme la hausse du coût des denrées alimentaires, de l’énergie et une pression accrue sur les ressources en eau.
Près d’un tiers des sondés (34 %) se sentent affectés de manière indirecte, tandis que 24 % déclarent être directement touchés et 21 % connaissent une personne concernée. Une prise de conscience qui va de pair avec une montée de l’inquiétude : 47 % des Espagnols se disent assez ou très préoccupés par le changement climatique. Les femmes et les jeunes de moins de 36 ans apparaissent comme les plus sensibles à ce que les spécialistes désignent désormais sous le terme d’ “écoanxiété”.
L’écoanxiété - ou anxiété écologique - désigne le sentiment d’inquiétude intense, voire de détresse psychologique, face à la dégradation de l’environnement et aux menaces que le dérèglement climatique fait peser sur l’avenir. Loin d’être un phénomène isolé, l’écoanxiété devient une réponse émotionnelle de plus en plus répandue. Si elle peut paralyser, elle est aussi un moteur d’engagement pour beaucoup.
Recycler plus, consommer moins
Face à cette réalité, de nombreux Espagnols modifient leurs habitudes, surtout pour des raisons financières. Isolation, achat d’appareils ménagers plus efficaces, moins de chauffage et de climatisation… Ils sont déjà 55 % à avoir entrepris des actions pour améliorer la performance énergétique de leur logement.
Et parmi les pratiques écoresponsables les plus répandues : manger davantage de produits de saison, recycler plus, prolonger la durée de vie des appareils, consommer moins, et réduire l’usage du plastique. Notons aussi qu’un Espagnol sur trois a diminué ses vols touristiques pour des raisons environnementales - un chiffre significatif.
Le meilleur déchet est celui qu’on ne produit pas! Comment mieux recycler en Espagne?
Face au dérèglement climatique, les Espagnols réclament plus d’aides et de clarté
Mais les obstacles restent nombreux. Le coût élevé est invoqué par 60 % des sondés comme principal frein à l’action, suivi par l’absence de soutiens publics (51 %), la complexité des démarches (31 %) et des situations personnelles limitantes (28 %). Par ailleurs, 24 % estiment manquer d’informations claires et fiables pour agir efficacement.
Un tiers des Espagnols considère que son logement n’est pas adapté aux effets du changement climatique - un pourcentage qui grimpe à 50 % chez les locataires. Les priorités exprimées sont claires : développer les transports publics, améliorer l’efficacité énergétique du bâti, et réduire l’impact de la mode rapide.
De plus, les politiques climatiques actuelles de l’Union européenne et du gouvernement espagnol suscitent des critiques. Jugées trop éloignées du quotidien ou difficilement accessibles, elles peinent à convaincre. Les citoyens appellent de leurs vœux davantage de soutiens fiscaux et financiers pour adapter leur logement, changer de véhicule ou adopter des modes de vie plus durables.
L’Espagne fait déjà face aux conséquences directes du dérèglement climatique. Pourtant, la mobilisation collective reste freinée par un déficit d’information, un manque d’accompagnement et des moyens encore insuffisants. Même si les inquiétudes sont bien là – surtout chez les jeunes –, il reste encore beaucoup à faire pour que tous les acteurs, publics comme privés, s’engagent concrètement.
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