Impossible de les manquer, ces étranges tubes aux couleurs flashy sont partout. Au même titre que la Fernsehturm ou les Currywurst, ils font partie intégrante du paysage berlinois. Chaque expatrié qui vient de s’installer à Berlin, comme chaque touriste, s’est à un moment posé cette question existentielle : mais c’est quoi, ces tuyaux roses ? Spoiler : ce n’est ni de l’art, ni des conduits de gaz.


Berlin : sous les pavés, le marécage
La capitale allemande a les pieds dans l’eau — ce serait même peut-être l’origine de son nom, berl venant du vieux slave pour dire « marais ». Située au cœur de la vallée glaciaire Varsovie-Berlin, la ville repose sur une plaine sablonneuse, gorgée d’eau. Et rappelons-le, elle est aussi entourée de près de 50 lacs et traversée par trois rivières (la Spree, la Havel, la Dahme), ainsi que huit canaux. Ensemble avec le Brandebourg, elle forme même le plus grand réseau de voies navigables d’Europe — 6 700 km (prends ça, Venise !). Donc en creusant à peine deux ou trois mètres, on peut tomber sur la nappe phréatique. Du coup, c’est un peu risqué. C’est là qu’interviennent nos fameux tuyaux roses.
Un serpent rose de 60 kilomètres
Pour éviter les inondations sur les chantiers (et Dieu sait que Berlin n’en manque pas, la ville est un chantier permanent), il faut donc pomper l’eau du sol, l’aspirer et la rediriger au travers de la ville vers des zones plus hospitalières et plus appropriées — la Spree, les canaux, ou un lac sympa. Et ça, c’est le travail des tuyaux roses.

Au final, c’est un long et joyeux enchevêtrement de tubes colorés, essentiellement aériens, qui surgit de terre, s’enroule autour des chantiers, longe les trottoirs et enjambe les rues. Si vous avez du temps, vous pouvez en suivre un pour voir où il se termine !
Autre particularité : même si on nous a appris que le plus court chemin d’un point à un autre, c’est la ligne droite, ces tuyaux sont souvent biscornus, tordus, arrondis. Pas pour le style, mais pour des raisons bien terre à terre : en hiver, les températures négatives fragilisent les matériaux. Des formes sinueuses permettent de mieux encaisser les variations et d’éviter les fissures.
Un choix de couleur… intéressant
On en parle du rose ? On dirait qu’on a donné un pinceau à une Barbie géante particulièrement enthousiaste. Mais en fait, il y a une raison tout à fait valable, et même sérieuse. L’entreprise Pollems, fournisseur principal et historique des fameux tuyaux, a un jour fait appel à une psychologue pour choisir la couleur qui plairait le plus aux enfants.

Grands vainqueurs : le rose et le violet, qui fonctionnent aussi pour les jeunes adultes et les personnes plus âgées ayant gardé leur âme d’enfant. En résumé, tout le monde aime le rose.
Résultat : beaucoup de rose, mais aussi du violet, un peu de bleu… En tout cas, des couleurs flashy complètement assumées, censées apporter un peu de gaieté aux milliers de chantiers berlinois. Parce qu’il faut bien avouer que des trous dans le sol, des pelleteuses et des grues, il y a plus réjouissant.
Donc voilà, le mystère est élucidé. Ces tuyaux roses ont une fonction très concrète, pas du tout artistique, même s’ils sont récupérés par endroits par des street-artistes qui les taguent et les habillent.
Ou comment transformer une contrainte technique en objet culte intrigant.
Berlin, quoi.
Reprise de l'article publié le 10/08/2023 par Diana D'Angelo.
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