Originaire de Chapleau, un village isolé du nord de l’Ontario enclavé entre forêts, rivières et voies ferrées, Marcel Morin a consacré sa vie à l’éducation et à la culture francophone. Enseignant, directeur d’école, fondateur de programmes artistiques, puis directeur général de la Maison de la Francophonie d’Ottawa, il est aujourd’hui une figure incontournable de la francophonie canadienne. Portrait d’un homme-orchestre au service d’une communauté vibrante et résiliente.


Les francophones étaient de l’autre côté de la rivière.
Chapleau, ou l’enfance francophone dans l’ombre de l’anglais
C’est au nord du nord de l’Ontario, à quelque 750 km de Toronto et 400 km au nord-est de Sudbury, que se trouve Chapleau, village isolé au cœur de la forêt boréale. Marcel Morin y est né dans les années 1960, dans une famille francophone unie : un père gaspésien, une mère abitibienne.
« On était environ 1 200 habitants, et je dis souvent que j’ai grandi dans la forêt, entre la chasse, la pêche et les hivers à pelleter la neige. » Mais Chapleau, c’est aussi une ligne de fracture linguistique : « Les francophones étaient de l’autre côté de la rivière. On travaillait dans les moulins à bois, les mines, on vivait notre culture, mais toujours dans une forme de résistance. »
Enseigner en français, créer en français, exister en français
Après avoir étudié en français à l’Université Laurentienne de Sudbury, Marcel entame une carrière d’enseignant atypique. Il enseigne la géographie, le théâtre et les arts visuels dans les écoles francophones minoritaires, tout en menant une double vie d’artiste. « On faisait du mime, de la danse, de la chorégraphie dans des festivals anglophones, pour dire qu’on peut s’exprimer en français… sans parler. »

Il cofonde Les Gens du Nord, un groupe de musique traditionnelle modernisée, avec guitares, accordéon, mandoline et harmonies vocales : « On devait juste combler un trou dans un carnaval d’hiver. Trente ans plus tard, on est encore là. »
Bâtisseur d’écoles et semeur de rêves
Dans le nord de l’Ontario, il ne se contente pas d’enseigner : il construit. Littéralement. Il fonde deux écoles francophones, l’une élémentaire, l’autre secondaire, avant de prendre la direction de l’école secondaire publique De La Salle à Ottawa, réputée pour son programme artistique. « J’étais dans mon élément. J’ai pu développer des programmes en théâtre, musique, arts visuels. J’ai même enseigné à l’université, toujours en lien avec les arts. » C’est dans cette trajectoire que s’inscrit naturellement son engagement à la Maison de la Francophonie d’Ottawa.
La Maison de la Francophonie d'Ottawa
Une Maison pour rassembler les francophones d’Ottawa
Lorsqu’il devient le premier directeur général de la Maison de la Francophonie d’Ottawa en 2018, le bâtiment n’existe pas encore. Il faut tout concevoir : les partenariats, les services, l’ancrage communautaire.
L’ouverture prévue pour 2020 coïncide avec la pandémie. « On a dû fermer les portes quelques semaines après l’ouverture, mais comme l’a dit mon président : on ne pourra pas nous obliger à fermer nos cœurs et nos têtes. »
Résultat : concerts en ligne, chorales virtuelles, ateliers numériques, la Maison s’impose rapidement comme un carrefour culturel hybride et innovant.
Le voyage, déclencheur d’une conscience francophone
C’est en France, à Villefranche-sur-Mer, entre Nice et Monaco, que Marcel Morin vit une année fondatrice. Il y découvre Rousseau, Voltaire et l’histoire de la langue française. « À Chapleau, je n’avais aucune conscience de cette connexion. En France, j’ai compris que notre langue est universelle, enracinée, vivante. »
Il en revient changé, convaincu que le voyage est essentiel à la construction de soi. « Quand j’ai vu le désert du Sahara, j’ai compris ce qu’était vraiment la diversité. »
Une transmission artistique en héritage
Aujourd’hui, c’est à sa fille que Marcel transmet cette passion pour les arts. Violon, piano, peinture, théâtre : elle vient d’être acceptée au Centre d’excellence artistique de l’Ontario. « Pendant la pandémie, je me suis assis avec elle, je lui ai enseigné les bases. Maintenant, ses œuvres sont accrochées à la maison. » Fièrement, il ajoute : « Elle est bien meilleure que moi à son âge. »

Et l’histoire continue…
De Chapleau à Ottawa, de la forêt boréale à la scène internationale de la francophonie, Marcel Morin incarne la vitalité et la créativité d’un peuple trop souvent relégué à la marge. Bâtisseur, passeur, créateur, il poursuit inlassablement son œuvre : tisser des liens, faire rayonner la langue, transmettre une mémoire vivante. Et demain ? « Il me reste encore beaucoup d’années devant moi, j’espère. »
Article réalisé en collaboration avec le RIMF, avec le soutien de l’Organisation Internationale de la Francophonie
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