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Urbanisation à Hanoï : le faramineux projet d’opéra à Tây Hồ

Un opéra posé sur l’eau, un toit qui capte la lumière et change avec le ciel. Hanoï veut plus qu’un bâtiment : un signe, une présence, une ouverture vers le monde. Avec 10 000 milliards de dôngs d’investissement, la ville s’apprête à ériger un opéra conçu par Renzo Piano. Ce projet ambitieux transformera en profondeur le quartier de Tây Hồ, où certains commerces s’adapteront ou se relocaliseront pour accompagner cette nouvelle étape du développement urbain.

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Crédit photo Bao Dan Tri
Écrit par Lisa Pollo
Publié le 1 avril 2025

Un jour, ici, il y aura un opéra. Suspendu au-dessus de l’eau, posé sur le lac Đầm Trị comme une barque immobile. Son toit ondulera sous la lumière, fin, translucide, à peine un souffle d’architecture. Hanoi veut un symbole, un lieu qui capte l’attention, qui dise son ambition, sa modernité, son appartenance à la grande scène culturelle internationale.

Le projet s’étire sur 44 hectares, à Tây Hồ, là où les cafés et les villas se mêlent aux pagodes anciennes. Un espace immense, pensé comme un cœur battant pour la ville : un parc culturel, des temples, des hôtels, des lieux de spectacle et de loisirs. Mais en son centre, l’opéra, Hanoi Opera House, imaginé par Renzo Piano, l’architecte des formes légères, de la transparence et de l’invisible. Il flottera sur le lac, enveloppé de céramique nacrée, un matériau qui captera les couleurs du ciel et de l’eau, les fera glisser sur sa surface. À l’aube, il sera rose. À midi, blanc éclatant. Au crépuscule, il prendra les reflets du lac, cette lumière dorée qui s’étire sur l’eau.

Le budget : 10 000 milliards de dôngs, environ 408 millions de dollars. Un investissement à la hauteur de l’ambition. Hanoi veut un opéra parmi les plus beaux du monde. Un lieu où l’on viendra écouter la musique comme on visite l’Opéra Garnier à Paris, La Scala à Milan. L’acoustique sera réglable. Des panneaux motorisés ajusteront la réverbération, pour que chaque note trouve sa place, que les voix s’élèvent sans que rien ne se perde. Un opéra pensé pour les plus grandes productions, les orchestres, les solistes, les ballets.

 

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Le projet s’inscrit dans un axe culturel qui reliera Tây Hồ au fleuve Rouge, jusqu’à la citadelle de Cổ Loa, liant modernité et mémoire. Hanoi ne veut pas seulement un opéra, elle veut une place sur la carte du monde, un lieu qui attire, qui impressionne, qui marque. Mais ce rêve a un prix. Pour faire place à ce nouveau cœur culturel, une grande partie de Tây Hồ va changer de visage.

 

Un restaurateur du quartier témoigne : « On va devoir tout réorganiser et se relocaliser. C’est vrai que c’est un énorme changement, mais c’est le prix à payer quand on monte son restaurant au Vietnam, un pays en constante évolution. »

Ce quartier verdoyant, prisé des expatriés, où se côtoient cafés bohèmes, petits commerces et villas tranquilles, sera en partie transformé. De nombreux établissements devront fermer, emportés par l’ambition architecturale de la capitale. Un virage radical s’annonce, entre effervescence créative et disparition d’un certain art de vivre au bord du lac. 

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