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Les célébrations de Dussehra dans le sud de l'Inde - partie 1 : Gerardo à Kulasai

Dusserah est une fête majeure dans le sud de l'Inde. Elle marque la victoire du bien sur le mal, à travers la victoire du dieu Rama sur le démon Ravana, comme le raconte le Ramayana. Elle intervient généralement en septembre ou octobre, au 10e jour du festival de Navratri. Mon ami Gerarado et moi avons assisté à l'une des deux célébrations de Dusserah les plus célèbres : Gerardo à Kulasai, moi à Mysore. Dans ce premier article, je vous présente le récit que Gerardo a bien voulu me livrer sur son expérience à Kulasai. La prochaine fois, je vous parlerai de ce que j'ai vu et ressenti à Mysore à l'occasion de Dusserah.

dusserah kalusai elephantdusserah kalusai elephant
Écrit par Liliam Boti Llanes
Publié le 2 février 2025, mis à jour le 24 mars 2025

Depuis trois ans, je rejoins chaque année mon amie Thirupurasundari, dans sa maison familiale à Chennai, pour partager avec elle les célébrations de la fête de Navratri. Et chaque année, je suis frappée par le mélange de créativité, d’innovation et de tradition mis en avant dans la préparation du Golu, cette exposition de figurines, généralement en terre cuite ou en bois, organisée dans de nombreuses maisons du sud de l'Inde à cette période.

Cettefois-ci, j’ai remarqué pour la première fois les figurines représentant la procession de Dussehra (dixième jour de Navratri) dans le palais de Mysuru (Mysore). Le lendemain, je suis partie la voir sur place.

Mon ami mexicain, Gerardo, professeur de piano au Conservatoire de musique de Chennai, était également présent chez cette amie, mais il a été moins impressionné que moi par la représentation de la procession du palais de Mysuru. Lui aussi souhaitait assister à une célébration de Dussehra, mais avait une autre idée en tête. Il observait attentivement les figurines des fêtes populaires du Tamil Nadu.

 

Golu : exposition de poupées en bois ou en cire pour Narvarti
Photo : Liliam Boti Llanes


Gerardo et moi sommes très proches, mais nos vies sont très différentes, et les endroits que nous avons choisi de visiter pour Dussehra en témoignent. Il vit parmi les Indiens, son partenaire étant tamoul, tandis que je côtoie principalement des expatriés, bien que je sois fière d’avoir aussi de nombreux amis locaux.

Je me suis donc rendue à Mysuru, au Karnataka, tandis qu’il s’est dirigé vers la région la plus méridionale du Tamil Nadu, dans le village de Kulasekharapatanam, où se trouve le temple Kulasai Mutharamman. Ce sont les deux célébrations de Dussehra les plus importantes du sud du pays.

J’ai donc vécu une version extravagante et féérique de Dussehra, tandis que lui a eu droit à la version brute et terre à terre.

Mais les deux événements avaient en commun d'être profondément indiens, avec des foules immenses et une grande ferveur religieuse. Ils étaient, comme les états du pays, différents mais fondamentalement identiques, et tous deux célébraient, chacun à leur manière, le triomphe du bien sur le mal, symbolisé par la victoire de la déesse Durga sur le démon Mahishasura.

 

 

Une mer de pèlerins

Gerardo est originaire du Mexique, et dans le petit village de Kulasekharapatanam (abrégé en Kulasai), épicentre du festival, il s'est immédiatement senti comme dans son pays, dans une ambiance qu'il ressent comme un mélange de catharsis et de purification. Il a décrit la procession comme une mer de gens, des milliers et des milliers de pèlerins. À mesure qu’ils approchaient du temple Mutharamman, la circulation s'est arrêtée et ils ont dû marcher plusieurs kilomètres pour arriver au village avant d’atteindre le temple. Les gens marchaient pieds nus pendant la majeure partie du trajet. Quant à lui, après un kilomètre à peine, il n'en pouvait déjà plus.

La foule s'est intensifiée entre le temple et la mer, et il s'est retrouvé coincé au milieu de la procession. Des femmes et des enfants se sont évanouis, et ont été piétinés. Tous ont heureusement survécu à la cohue, et Gerardo voit ça comme un miracle. Mais même à cet endroit surchargé, les gens continuaient d’arriver par centaines.

Gerardo garde de cette manifestation une image impressionnante et mystérieuse, primitive et belle. "Les gens étaient saisissants dans leurs costumes et leur beauté", a-t-il écrit le lendemain.

Il voulait croire que le fait que les hommes s’habillent en femmes avec des saris et des lehengas leur permettrait, au moins pendant une journée, d’imaginer la vie d’une femme indienne et de comprendre leur sort. Mais non, les femmes étaient très rares. C’était surtout une affaire d’hommes et de hijras très visibles. Les hommes étaient entre eux, avec un mélange d’agressivité, d’énergie et de dévotion.
Gerardo a ressenti au fond de lui la résilience et l'incroyable dévouement du peuple indien.
 


Le déroulement des célébrations de Dusserah à Kulasai 

Pour commencer, Gerardo avait bien vu… Une mer de gens ! Les journaux ont parlé de plus d'un million de pèlerins cette année dans ce village de quelques milliers d’habitants.

Le temple, au centre du festival et vieux de 300 ans, est dédié à la déesse Mutharamman, censée veiller sur le village. Le village qui se transforme tout entier pour la vénérer pendant les dix jours de Navratri, et plus spécialement le dernier jour, où l’on fête Vijayadashami avec une grande procession qui s'étend jusqu’au bord de la mer.

Pendant les jours précédant Dussehra ou Vijayadashami, la déesse est promenée autour du village lors de processions quotidiennes, tandis que les fidèles, pour la plupart déguisés en divinités et en personnages mythologiques, dansent au son de la musique traditionnelle. Ils portent aussi des maquillages et des peintures corporelles très élaborés.

Comme pour de nombreuses célébrations, les fidèles jeûnent durant plusieurs jours consécutifs. Beaucoup d’entre eux accomplissent également une pénitence spirituelle.

C’est aussi une fête culturelle, car des représentations de la mythologie hindoue, en particulier des scènes du Ramayana et du Mahabharata, sont jouées, toutes dans leur version la plus populaire et traditionnelle.

 

 

Séjourner à Kulasai : en pratique

L'aéroport national le plus proche est celui de Tuticorin et l'aéroport international, celui de Madurai. Mais mes amis ont fait le trajet vers Kulusai en bus à couchettes, au départ de Chennai jusqu’au village de Srivaikundam. Le bus part à 19h15 et arrive à 6h, le lendemain matin.

Sur place, ils ont séjourné à l'hôtel Anantya in the Village. Il s'agit d'une vieille maison rénovée, avec six chambres très confortables et propres.

Le village est connu pour son magnifique temple, dont on trouve mention dans la littérature classique hindoue. Il est également remarquable pour sa propreté et ses maisons aux façades blanchies à la chaux qui rappellent l'architecture de Mérida, au Mexique.

Photo : Gerardo
Photo : Gerardo

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