Christel Laouchez-Grat est arrivée de France et s’est installée à Johannesburg en 2014. En 2021, elle a lancé KALUNZA qui est devenu une entreprise reconnue, à fort impact social. Sa vision est de soutenir, par cette activité de création et de commercialisation de produits de grande qualité, les artisans qui les fabriquent.


Pourquoi l’Afrique du Sud ?
Lepetitjournal.com : vous êtes française, issue d’une famille originaire de Martinique. Quelle a été votre histoire avant de venir vous installer en Afrique du Sud ?
Christel Laouchez-Grat : je suis née et j’ai grandi à Paris. Après des études de droit, puis à L'ESCP, une école de commerce, je me suis spécialisée dans la fiscalité des entreprises pour mes premiers emplois, puis dans la gestion de patrimoine. Mes clients étaient des dirigeants d’entreprise, en général relativement fortunés.
En 2014, notre famille est venue s’installer à Johannesburg, où mon conjoint développait la division locale de son groupe. Il n’était pas prévu, au départ, d’y rester tant d’années. Et j’avais souhaité en profiter pour « lever le pied » après quelques années d’activité professionnelle passionnante mais très intense et épuisante.
LPJ : vous êtes donc venue en Afrique du Sud en tant que conjointe, suivant votre mari ?
CL-G : Oui, et cela me convenait très bien, au début. Cela me donnait l’opportunité de prendre un peu de recul après ces années d’activité professionnelle très dense dans un milieu exigeant, de m’occuper de nos enfants, et cela me permettait aussi de me consacrer à des activités associatives, ouvertes sur les autres, et notamment les personnes en difficulté.
J’ai saisi l’occasion de m’occuper des autres différemment, dans un cadre plus social, et j’avais des compétences qui pouvaient être utiles. J’ai par exemple été membre plusieurs années du Conseil d'Administration de l’Ecole Française Jules Verne, où j’ai notamment tenu le rôle de présidente du bureau.
J’ai participé au programme de l’Association Sizanani, qui soutient des jeunes du township d’Alexandra, par le biais d’un programme de mentorat. Ce programme a pour objet de permettre à des jeunes élèves en fin de niveau secondaire de bénéficier de cours supplémentaires dans les locaux d’une école prestigieuse, St Mary’s School in Waverley.
A Johannesburg, en Afrique du Sud : un nouvel environnement
LPJ : vous avez changé alors radicalement d’environnement, vous qui assistiez plutôt des gens fortunés à gérer leur richesse de façon optimale ?
CL-G : oui, et je souhaitais vraiment contribuer à l’amélioration de la situation des personnes en difficulté. Elles sont très nombreuses ici. Cela explique aussi mon engagement de l’époque avec un orphelinat de Yeoville. Puis avec le Centre Little Rose, de Kliptown.
J’ai vu fonctionner l’atelier de couture du centre Little Rose, destiné aux femmes de ce quartier, l’un des plus pauvres du township de Soweto. L’objectif du centre s’approchait de mes aspirations : mettre en place des activités créatrices de revenus, pour permettre aux femmes, couturières, de sortir de la pauvreté extrême et de la dépendance. Leur redonner le moyen d’affronter l’avenir plus sereinement.
LPJ : vous êtes à ce moment là à Johannesburg depuis deux ou trois ans, et l’idée de créer votre propre activité a commencé à germer ?
CLG : oui, l’envie de « créer mon job » est venue, et cette idée a été fortement encouragée par mon époux, créateur et dirigeant d’entreprise. Il m’a beaucoup aidée à mettre en place le concept et le cadre de fonctionnement de l’entreprise que je voulais lancer.

Mon activité au Centre Little Rose m’a inspirée également. Je voulais créer une activité de production et de commercialisation de produits haut de gamme, de l’artisanat parfaitement réalisé et respectant les standards de finition et de qualité irréprochables.
J’ai finalement décidé de créer et de faire produire des accessoires pour les ordinateurs portables, des pochettes, des sacoches, tapis de bureau, des trousses de voyage… Tout le monde possède un ordinateur portable aujourd’hui, et le marché est immense et inépuisable.

Johannesburg, Afrique du Sud, KALUNZA est partenaire d’artisans locaux
LPJ : vous n’avez donc pas créé KALUNZA juste pour vous occuper ?
CLG : non, loin de là. J’ai voulu mettre en place une entreprise durable, responsable et solide. Et j’avais dès le départ clairement fixé mes objectifs :
- Fabriquer ici des produits utiles, de haute qualité, avec de la rigueur dans la fabrication et la commercialisation. Aujourd’hui, nos accessoires sont recherchés et appréciés.
- Mettre en place une structure et des outils de gestion à ma mesure et que je maîtrise. J’ai même appris à me servir des réseaux sociaux de façon professionnelle, pour affiner notre communication digitale. C'est bien connu : créer une entreprise, c'est sortir de sa zone de confort.
- Obtenir un impact mesurable et effectif sur les artisans qui fabriquent les produits. Cet impact est déjà visible, car ils expliquent eux-mêmes comment la collaboration avec Kalunza a amélioré leur situation. Et mon exigence en matière de qualité et de rigueur, nécessitant l’amélioration de leur technique, leur a apporté un savoir-faire de haut niveau. Cet impact social positif est d’ailleurs un des piliers majeurs de Kalunza.
- Utiliser des produits locaux pour limiter l’impact environnemental négatif. Nos créations sont fabriquées dans une combinaison de suede et de shweshwe.

LPJ : de suede et de shweshwe ? Pardon ? Je crois savoir que le suede est une sorte de cuir souple, proche du daim. Mais qu’est-ce que le shweshwe ?
CLG : le schweshwe, c’est un tissu typiquement local, comme il en existe dans de nombreux pays d’Afrique. Il est utilisé pour les vêtements traditionnels, et était à l’origine teint à l’indigo. Les tissus en shweshwe ont maintenant des couleurs variées, et sont imprimées de motifs géométriques. Ce tissu est actuellement très apprécié des créateurs de mode en Afrique.
Vivant en Afrique du Sud, je trouvais intéressant de mettre à l'honneur ce tissu local qui, à l'extérieur du pays, est moins connu que d'autres tissus, tel le wax.

LPJ : pour conclure, vous n’êtes pas devenue créatrice d’entreprise par hasard ?
CLG : je pense que mon histoire personnelle, mes objectifs de vie, mon environnement m’ont menée à cela. Je travaillais en France avec des dirigeants d’entreprise, mon conjoint est fondateur de l’entreprise qu’il dirige, l’Afrique du Sud est un pays énergique et vibrant qui encourage le mouvement et la création. Tout était donc réuni pour que j'ose me lancer dans l'aventure entrepreneuriale.
LPJ : où et comment peut-on trouver vos produits ?
CLG : sur le site de KALUNZA et par le biais des réseaux sociaux. Toute la gamme et le détail des options y sont présentés.

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