Édition internationale

Pom Madendjian : « Je suis un pur produit du réseau AEFE ! »

La francophonie en Asie du Sud-est a une alliée de taille : Pom Madendjian. La créatrice du Festival des auteurs francophones en Malaisie fait rayonner la langue française où qu’elle passe. Lauréate du Trophée Alumni des Lycées français du monde 2025, remis par l’AEFE, la rédactrice en chef de La Gazette retient un souvenir ému de ses années sur les bancs de quatre établissements à l’international : « c’est aussi dans les lycées français du monde que j’ai forgé une grande partie de mes plus profondes amitiés et … rencontré mon mari ! ».

pom madendjianpom madendjian
Écrit par Damien Bouhours
Publié le 9 mars 2025, mis à jour le 23 mars 2025

 


Ecoutez l'interview sur la Radio des Français dans le monde : 


 

Vous avez été expatriée dès l’enfance. Est-ce un virus dont il est difficile de se défaire ?

Effectivement, j’avais quelques jours lorsque mes parents m’ont ramenée en Arabie Saoudite, où ils résidaient à l’époque. J’ai fait une petite pause de l’expatriation, en France entre mes 18 et mes 33 ans pour faire mes études et le temps de travailler 10 ans dans les médias et la publicité, avant de repartir il y a 12 ans.

Je pense que pour les enfants d’expats, c’est quitte ou double : il y a ceux qui sont immunisés à vie, n’ayant pas supporté le déracinement, et rentrent s’installer définitivement. Une minorité d’après mon expérience.

Et il y a tous les autres, qui en font une sorte de mode de vie. Une fois que l’on a ouvert son existence à l’international, à la diversité, au changement, à une forme de stimulation permanente, il est en général compliqué de revenir à une vie purement sédentaire. C’est mon cas, et c’est la raison pour laquelle j’ai souhaité offrir ce que je considère comme une chance et un privilège à mes propres enfants.

 

Un phare au milieu de l’impermanence perpétuelle

 

Que retenez-vous de vos passages dans les différents lycées français ?

J’ai fait la totalité de ma scolarité dans les lycées français de l’étranger, quatre en tout : au Yémen, au Vanuatu, au Luxembourg et au Liban. Un pur produit du réseau AEFE ! J’ai d’ailleurs jusqu’à présent reproduit ce modèle, mes fils ayant, eux aussi, été systématiquement scolarisés dans les lycées français au Cap, à Manille, Ho-Chi-Minh et Kuala Lumpur.

Je retiens d’abord évidement une formation de qualité, structurante, au contact de profils très variés, qui m’a permis d’accéder à de grandes écoles ensuite en France. Je retiens aussi de la continuité : une ligne solide, un système rassurant auquel s’accrocher lorsque, enfant ou adolescent, tout change tout le temps autour de soi. Un phare au milieu de l’impermanence perpétuelle. Et pour finir, je dirais que c’est aussi dans les lycées français du monde que j’ai forgé une grande partie de mes plus profondes amitiés et … rencontré mon mari !

 

Quel est votre souvenir le plus original dans ces établissements ?

Original je ne sais pas, mais quand je me suis retrouvée au Lycée Vauban du Luxembourg par -10 degrés en arrivant directement de Le Clézio au Vanuatu, un paradis tropical du sud du Pacifique, et qu’il m’a fallu apprendre à faire des lacets et porter des chaussures fermées… C’était assez cocasse.


Quelle a été votre réaction à la découverte de votre Trophée des Alumnis des Lycées français du monde, remis par l'AEFE ?

Lorsque l’on m’a appelée j’ai vraiment eu un moment de blanc pour être honnête : j’avais déjà gagné le Trophée Culture Art de Vivre des Trophées des Français de l’ASEAN en décembre et je ne m’attendais vraiment pas à en récolter un second… Je pensais que l’on m’appelait pour autre chose ! Lepetitjournal.com et le jury ont vraiment été très généreux avec moi ces derniers mois, et je les en remercie du fond du cœur. Le statut de conjoint d’expat n’est pas toujours facile à appréhender. Pour ce type de profils, ces trophées récompensent de la plus belle des manières des parcours aussi riches qu’atypiques.


Vous êtes rédactrice en chef de La Gazette à Kuala Lumpur : pouvez-vous nous en parler et nous dire quels sont les projets à venir ?

Cela fait deux ans que je m’occupe de ce joli magazine. La Gazette est le seul journal papier en français de Malaisie. C’est un beau trimestriel culture et art de vivre sur l’histoire et la vie pratique en Malaisie édité par L’AFM, l’Accueil de Kuala Lumpur. Encore un autre très beau réseau francophone dans le monde.

En deux ans, avec la merveilleuse équipe qui m’accompagne, nous avons augmenté la diffusion de 20%, multiplié par 3 les rentrées publicitaires, fait évoluer considérablement la maquette et le confort de lecture. Je pense que cette troisième année, nous allons un peu nous reposer !

Nous nous concentrerons juste sur l’élargissement de notre lectorat auprès de la cible malaisienne, notamment les professeurs de français de Malaisie. Et nous réfléchissons peut-être aussi à un format complémentaire digital.

 

Cette année, le Festival accueillera 27 auteurs, trois de plus que l’édition 2024

 

Vous êtes aussi responsable Asie du réseau Rencontre des Auteurs Francophones et c’est à ce titre que vous avez lancé en 2024, de manière bénévole, le Festival International des auteurs francophones en Malaisie : que préparez-vous pour cette seconde édition 2025 ?

Effectivement, la première édition du salon a accueilli plus de 800 visiteurs l’année dernière, et la seconde aura lieu le 23 mars prochain à Kuala Lumpur.

Cette année, le Festival accueillera 27 auteurs, trois de plus que l’édition 2024. Il a aussi pris de l’ampleur puisqu’au-delà de la journée portes ouvertes au public le 23, nous avons cette année mis en place un partenariat la veille avec l’Alliance Française de Kuala Lumpur pour organiser des ateliers entre les auteurs et les apprenants en français, mais aussi le lendemain avec le lycée français de Kuala Lumpur : ce seront plus de 600 élèves de la TPS à la classe de première, qui rencontreront 12 auteurs ce jour-là. Enfin l’Alliance Française de Penang, au nord du Pays, accueillera, elle aussi ce jour-là, 3 de nos auteurs venus à la rencontre du public local.

 

La Malaisie est depuis cette année le pays de la région qui délivre le plus de certificats DELF


Pourquoi est-il est essentiel de faire vivre la Francophonie en Asie du Sud-Est ?

La Francophonie en Asie du Sud-Est, surtout si l’on compare à l’Afrique par exemple, est très limitée. En dehors de l’ancienne Indochine, il n’y a pas ou très peu d’historique de cette langue dans la région. Étonnamment, il existe pourtant une francophonie naissante, véritablement volontaire, qui fleurit un peu comme des fleurs en plein désert. Beaucoup de gens ont ici un vrai goût pour la langue française, l’envie sincère de l’apprendre, non pas parce que c’est obligatoire à l’école, mais par choix. Ils sont intéressés par les valeurs françaises et notre art de vivre. Si on ne compte pas le chinois et l’anglais qui sont des langues « internes » au pays, le français est la seconde langue étrangère la plus enseignée derrière le japonais.

En plus des 3000 Français, et des 5000 internationaux francophones, on estime à 15000 le nombre de locuteurs et d’apprenants en français dans le pays.

La Malaisie est d’ailleurs depuis cette année le pays de la région qui délivre le plus de certificats DELF qui sanctionnent officiellement l’apprentissage du Français Langue Étrangère. On peut saluer le magnifique travail du Service d’Action Culturelle de l’Ambassade de France et de tous les professeurs de français malaisiens qui travaillent main dans la main et font un travail remarquable.

 

Il faut donc, je crois, encourager ces initiatives qui rappelons-le renforcent sur le long terme l’écosystème francophone culturel, politique et économique régional : quand on parle la même langue et que l’on partage des valeurs communes, il est plus facile de travailler ensemble et de s’entendre.

 

Que ce soit pour des raisons géopolitiques, ou parce que la francophonie est peut-être moins bienvenue en ce moment dans d’autres régions du monde où elle l’a longtemps été, le Sud-Est asiatique semble stratégique. Ça n’est pas pour rien que le prochain Sommet de la francophonie aura lieu au Cambodge l’année prochaine, la première fois en Asie depuis près de 30 ans.

 

Est-ce que la littérature est un langage en danger ?

 

Je pense effectivement que face aux écrans qui font baisser notre capacité de concentration, qui diminuent aussi notre sens de l’effort, la lecture et la littérature en général semblent de plus en plus ardues à beaucoup d’entre nous, en particulier aux enfants. Maintenant je pense qu’il ne sert à rien de vouloir aller contre le vent. Ça n’a pas de sens et c’est un combat perdu d’avance, dans sa forme actuelle. Je crois en revanche que la littérature et la culture générale seront des forces et des compétences qui feront la différence à l’avenir. Je suis aussi convaincue que dans un monde avec toujours plus de temps libre laissé aux loisirs, la littérature peut encore tirer son épingle du jeu. Et comme j’y crois très fort, j’essaye d’apporter ma petite pierre à l’édifice !

 

 

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