Édition internationale

Mounir Biba : « Participer au rayonnement de la France à Shanghai et en Chine »

Dans le cadre du mois de la francophonie, le Consulat général de France à Shanghai organisait mercredi 26 mars une battle amicale entre breakers français et breakers chinois. Camille Regneault, alias Kami, triple championne de France et championne du monde 2018, était accompagnée du jeune Ramy Aggoun, alias Rami, pour l’occasion. Invité d’honneur à cet événement, Mounir Biba, référence de la discipline en France et Head Coach de l’équipe olympique chinoise, nous a accordé une interview.

Mounir Biba Mounir Biba
Écrit par Noémie Valery
Publié le 1 avril 2025, mis à jour le 2 avril 2025

J'ai eu le coup de foudre pour le breakdance 

Quel a été votre premier contact avec le breakdance ? Quel a ensuite été votre parcours ?

Ça a commencé à l'automne 1997, à l'âge de 13 ans. Moi, je voulais être footballeur. Je fréquentais la MJC (Maison des Jeunes et de la Culture) de chez moi à côté d’Angers avec mes copains, et notre animatrice nous a proposé pour les vacances d'automne de faire une initiation de danse hip-hop. Je ne savais pas vraiment ce que c'était, je n'en avais jamais fait, je n'en avais jamais vu. J'écoutais seulement un peu la musique hip-hop à l'époque. Mais j'étais curieux, j’aimais découvrir de nouvelles choses. Alors je l’ai fait, et ça a été le coup de foudre total. J'ai accroché tout de suite et du coup, après avoir fait foot et danse pendant deux ans, j'ai définitivement arrêté le foot à 15 ans pour me consacrer à 100% au break.

En 1999, quand j’avais 17 ans, avec deux amis plus âgés, on a fondé notre compagnie semi-professionnelle de danse, même si on restait des amateurs à l’époque. Grâce à ça, on a pu collaborer avec le CNDC (Centre national de danse contemporaine) d’Angers, profiter de leurs studios et rencontrer leurs danseurs. Et puis à partir de 2004, j'ai intégré ce qui était à l'époque l'une des meilleures équipes du monde, qui était française, les Vagabonds Crew, basée à Paris. J’ai arrêté les spectacles pour entrer dans le monde de la compétition, ce qui m’intéressait vraiment. C’est là que je suis entré dans le grand bain.

 

Mon premier contact avec la Chine remonte à 2007 

Quelle a été votre première expérience en Chine ? Quel est votre lien avec le pays ?

C’était pour le Guinness Book des records en 2007 à Beijing. Pour la petite histoire, je suis venu avec un de mes camarades du groupe qui est spécialisé dans les windmills, qu’on appelle aussi les tours de coupole. Il s’agit de rotations sur le dos, et le but était d’en faire le plus grand nombre en 30 secondes. C'était un Anglais qui détenait ce record. J’étais juste venu servir de concurrent virtuel à mon ami, et il se trouve que j’ai fait 42 tours, un de plus que lui. Il était surpris, et moi aussi. On était venu pour lui, et c’est moi qui suis reparti avec le titre. Bon, il ne vaut plus grand-chose aujourd’hui, c’était il y a 20 ans. C’était ma première expérience en Chine.

Je suis revenu en 2008 avec l’équipe pour un spectacle à l’opéra de Beijing, puis en 2009. Ces années-là, je  n'ai pas eu l'occasion de rencontrer de danseurs chinois. La communauté était encore petite. Mais à partir des années 2010, ça a connu un boom. Ils ont créé de très grandes compétitions internationales où ils ont commencé à faire venir des références mondiales pour donner des masterclasses, pour juger les compétitions ou y participer. Et là, j'ai commencé à venir régulièrement, de 2014 jusqu'en 2019, avant le Covid.

 

Les JO de Paris marquent un tournant pour le breakdance

Les Jeux de Paris 2024 marque l’entrée du breakdance dans le monde olympique. Quel a été votre rôle dans cette avancée ?

C'était d'abord une volonté de Tony Estanguet d'étudier cette possibilité. Pour ça, ils m'ont consulté et on a travaillé en collaboration pour amener le breaking aux Jeux Olympiques. Lorsque Paris 2024 a validé ce choix-là, il fallait encore convaincre les membres du Comité International Olympique (CIO). J'ai fait une intervention devant tous les membres du CIO pour les convaincre. C'était un moment incroyable. On était en 2019, c'était vraiment un tournant pour mon sport.

La conférence de presse de Paris 2024 qui annonçait les 4 sports additionnels avait lieu en février 2019, 4 mois après les Jeux Olympiques de la jeunesse. Et c'est le succès des Jeux Olympiques de la jeunesse qui a mis la puce à l'oreille de Paris 2024. Ça a été un tel succès sur place, qu'ils se sont légitimement posé la question, « qu'est-ce qu'on fait du breaking ? On ne peut pas laisser passer ça. » Et à ce moment-là, la France avait de grands athlètes, il y avait un potentiel énorme. Le choix était légitime.

 

Le breakdance nivelle les différences

Qu’est-ce que les Jeux de Paris ont changé pour le breakdance ?

Ça a vraiment permis de mettre en avant les valeurs du breaking et notamment l’inclusion. C'est un terme à la mode depuis longtemps, mais qu’on vit réellement en break depuis des décennies. La culture hip-hop, et le breakdance en particulier, ne sépare pas les sexes, les âges, ni le niveau de validité ou d'invalidité. Ça n'existe pas les paralympiques, chez nous. C'est pour ça qu'aux Jeux olympiques, on a milité pour qu'il n'y ait pas de catégorie paralympique. Parce que nos athlètes dits paralympiques concourent dans les catégories valides, chez nous. Parce que ce qui compte ce n'est pas ce que l'on fait, mais comment on le fait.

Lorsque j’entraîne, le programme pour les garçons est le même pour les filles. Le programme pour les jeunes est le même que pour les adultes. À quelques choses près, forcément, sur la préparation physique, etc. Mais sur le développement artistique et technique, c'est le même programme. Et j'ai besoin que les petits soient au contact des grands pour progresser plus vite. Donc voilà, ça a permis d'exposer la réalité, la culture et les valeurs de cette danse à travers le monde.

 

La Chine est devenue numéro 1 mondial en 10 mois

Qu’est-ce que ça fait d’être français et entraîneur de l’équipe olympique chinoise ?

On est venu me chercher en me demandant de mettre la Chine sur la carte du monde breaking, de faire connaître le pays. Au final, on était classé numéro 1 mondial en 10 mois de travail, dont 7 en visio à cause du Covid-19. On a qualifié 3 athlètes pour les JO de Paris. On a remporté la médaille d'or aux Asian Games. On a remporté une médaille de bronze aux Asian Games et on a remporté une médaille de bronze à Paris 2024. Les résultats ont dépassé notre imagination. Mais ça, je le dois au cadre de travail, à l'investissement des danseurs, au fait que j'ai pu choisir mes adjoints. Ensuite, j'avais un staff, toutes les personnes qui travaillent dans l'ombre et qui ont permis de réaliser cet exploit.

Je n'ai pas le sentiment de représenter plus la Chine ou la France. Au contraire c'est d'ailleurs la raison pour laquelle j'étais présent en Chine avec le Président Emmanuel Macron lors de sa venue, parce que l'idée, c'était aussi de montrer comment un Français va apporter les qualités de formateur, qui font aussi notre réputation dans le monde, à une équipe chinoise. Il s'agit de montrer comment un Français va mener à une médaille olympique une équipe chinoise. J’essaie de participer au rayonnement de la France à travers mon rôle. Et je pense que tous les Français qui sont ici, qui sont dans les affaires, qui sont dans l'éducation ou dans le sport, participent, contribuent au rayonnement de la France de par leur expertise, leur qualité de formateur, d'éducateur ou de dirigeant.

 

L'apport du breakdance à la société compte pour moi 

Pouvez-vous nous parler de votre académie Hard Work Easy Everything ?

Alors, HWE, qui signifie Hard Work, Easy Everything, travailler dur pour que tout devienne facile, c'est le programme de motivation et de coaching que j'ai développé. L’idée première était d'accompagner la jeune génération de danseurs qui, selon moi, perdait en motivation, perdait l'état d'esprit du breaking.

En 2013 j'ai commencé à mettre en place des programmes de préparation mentale et de motivation où je partageais mon expérience et ma vision de la performance. Très rapidement, les sollicitations sont devenues extérieures. J'ai commencé à intervenir pour des collèges, des universités, des équipes professionnelles de sport, pour des entrepreneurs. Je suis aussi intervenu en prison dans le cadre de programmes antiterroristes. J'ai même eu la chance d'être invité à l'Elysée.

Aujourd’hui, les programmes sont en train de se recentrer sur l'entrepreneuriat et prochainement sur le coaching. Des programmes de prise de parole en public sont également en train d’être mis en place. Maintenant, mon objectif est aussi de passer un peu plus de temps auprès de la communauté française, des institutions françaises, et de développer des partenariats, pour continuer la collaboration entre les deux pays.

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