Chaque année, plusieurs jeunes Français font le choix de devenir assistants de langue à l’étranger et notamment en Inde. Adrien Barbier est assistant à l'école DPS à Jaipur, Maxime Duca a l’école Ambani à Mumbai, Charline Leuck à l'université de Goa et enfin Olivia Ponnou à la Christ University à Bangalore. Nous sommes partis à leur rencontre.


Le programme d’assistant de langue
Le programme d'assistant de langue française permet aux participants de découvrir la langue et la culture d’un pays d'accueil tout en partageant la richesse de la culture française dans des établissements scolaires.
Objectifs et missions
L'assistant de langue française aide les élèves à améliorer leur communication orale et leur connaissance de la culture française. Il soutient les enseignants en animant des activités ludiques, des débats et des cours de conversation. Il peut également contribuer à la préparation aux certifications en langue française (DELF/DALF, TCF) et à la création de supports pédagogiques.
Conditions et destinations
Les assistants sont affectés dans des écoles primaires, secondaires ou des universités pour une durée de 5 à 12 mois. Le programme propose plus de 25 destinations et environ 1.400 postes sont disponibles chaque année. En Inde, il y avait 13 postes à pourvoir cette année et une vingtaine proposés sont pour l'année 2025/2026.
Si vous souhaitez vous renseigner pour postuler en Inde, veuillez cliquer sur ce lien.
Pour Maxime (Mumbai), Adrien (Jaipur), et Olivia c’est le bouche-à-oreille qui les a conduits à postuler : « Une fille de ma promo l’a fait, ça m’a donné envie », explique Adrien. Charline (Goa) a découvert le programme via son Master en Langues Étrangères Appliquées (LEA).

Le processus de sélection, qu’ils ont trouvé rapide, passe par une candidature sur la plateforme ADELE. « Il faut répondre à certains critères, notamment un âge minimum pour l’Inde », précise Adrien. Un entretien évalue le niveau de langue, et les réponses tombent entre mai et juin. « Les démarches de visa sont parfois longues », ajoute Maxime, qui a débuté son poste en septembre à cause d’un désistement.
La campagne de recrutement pour l’Inde est ouverte de janvier à mars (jusqu’au 6 mars pour l'année 2025/26).
Les assistants peuvent exprimer des vœux de destination, mais leur profil joue un rôle déterminant. « J’avais demandé Pondichéry, mais avec mon Master en anglais, on m’a orientée vers Bangalore », raconte Olivia. Maxime avait aussi mis la Chine en premier vœu mais sa méconnaissance du mandarin à jouer en sa défaveur. L’Inde est son deuxième choix.
« On leur fait confiance avec le placement », ajoute Maxime.
Pourquoi choisir l’Inde ?
Tous s’accordent sur le fait que l’Inde offrait une expérience unique leur permettant aussi de pratiquer l’anglais. Partir à l’étranger est une aventure hors du commun et pour beaucoup l’expérience d’une vie.
« Quitte à partir, autant choisir un pays vraiment dépaysant », explique Adrien.
Pour Charline qui travaillait avant cette expérience, le but était de découvrir une destination unique et d’être dépaysée. Elle souhaitait aussi une destination avec un coût de la vie correct et une culture très enrichissante.
L‘Inde répondait à tous ces critères.
Pour Olivia, seule à connaître l’Inde avant le programme pour y avoir vécu, ce programme est un peu un retour aux sources même si Bangalore est assez différent du Pondichéry de son enfance. Bangalore est plutôt reconnu pour sa vie nocturne, ses parcs, ses bâtiments modernes et pour ses entreprises de tech (Bangalore est surnommé la Silicone vallée de l’Inde). C’est assez différent de la ville plutôt historique et empreint d’un héritage français que représente Pondichéry.

Malgré ce désir de dépaysement et de grand changement Adrien admet : “le premier mois a quand même été un mois d’adaptation culturelle, à la nourriture et l’environnement”.
Les conditions de placement en Inde
Le nombre d’heure travaillé
Le poste d'assistant de langue française est un temps plein, incluant 20 heures hebdomadaires de face-à-face pédagogique et un temps de préparation des cours et de contribution à la vie du département de langue française. Les applicants ont le droit à trois semaines de congé annuel en fonction du calendrier scolaire de leur lieu d’affectation.
L’indemnité
Les assistants de langue reçoivent une rémunération mensuelle de 44 000 INR soit environ 500€ net. Les frais de transport (France-Inde-France) sont à la charge de l’assistant (frais de transports nationaux et internationaux) .
L’hébergement
En Inde, le prix des loyers varie en fonction des villes et des quartiers. Il est donc bon de savoir que l’hébergement est généralement pris en charge par l'école où l’assistant enseigne. Maxime, Adrien et Olivia en bénéficient. Pour Charline, à Goa, c’est l'université de Goa qui offre une compensation.
Les conditions d’hébergement varient donc selon les villes et établissements. Maxime est logé par son école à Sion, un quartier de Mumbai où les loyers dépassent facilement 1 lakh (100 000 roupies) par mois pour un appartement avec une chambre. Adrien et Olivia bénéficient aussi d’un logement pris en charge mais dont le coût est bien moindre.
Adrien raconte : “à Jaipur une assistante a préféré prendre une colocation plutôt que le logement de l'école”.
À Bangalore, Olivia bénéficie d’un logement mais doit faire face à un couvre-feu. Une règle que les autres admettent être difficile pour eux.
Enseigner en Inde
Christ University est peut-être ainsi car il s’agit d’une université catholique. Olivia raconte ainsi le choc culturel entre l’enseignement laïque français et l’enseignement en Inde qui repose beaucoup sur une forme de respect de la hiérarchie et du religieux.

La plupart des écoles en Inde sont privées et si toutes les religions y sont les bienvenues, on y voit souvent un aspect religieux : puja et autel avec divinités dans les halls d'entrées, messes et religieuses présentent dans les écoles catholiques et une sorte de grande révérence pour les supérieurs hiérarchiques.
Un système hiérarchique important
Adrien ajoute “ce respect de la hiérarchie m’a aussi étonné. Lorsque je suis arrivée, j’ai dû faire face à des soucis avec mon visa et avais besoin d’un papier. Mais j’ai dû passer par 4 ou 5 autres personnes plutôt que directement à la personne qui aurait pu me l'écrire. La délégation des tâches est aussi assez différente de la France”.
Par exemple, les professeurs ne sont pas seulement chargés de leurs cours. Ces derniers travaillent les mercredis et pour certains les samedis. “La charge de travail est beaucoup plus importante : certains ont des examens à donner tous les mois, en plus de worksheets et du programme. Il n’y a pas de surveillant des étages et permanences, c’est aussi un travail demandé aux professeurs. Et ces derniers ont jusqu’à 40 élèves par classe !".
Olivia ajoute “c’est notre chance en tant qu’assistant de langue. Nous dépendons de la hiérarchie mais notre volume d'élèves est beaucoup plus faible. Les professeurs ont tellement d'élèves qu’ils les appellent par leurs numéros d'étudiants. Nos relations avec les étudiants sont assez différentes”. En effet, les assistants de langues ont dans chacune des villes entre 4 et 20 élèves. Cela leur permet de créer un lien avec les étudiants vraiment différents de ce que vivent les professeurs.

Un rythme scolaire différent
Le rythme de cours est aussi différent. En Inde, les élèves, dès le primaire, sont habitués à ne pas avoir de pause ou à peine une demi-heure pour le déjeuner. Adrien témoigne : “dans mon école ; les cours ont lieu de 8h à 14h. Il n’y a qu’une pause encas entre 11h et 11h15”.
Des expériences dans lesquelles Charline ne se reconnaît pas dans son université publique de Panjim à Goa.
“À Goa, le rythme est plus détendu, et la hiérarchie beaucoup moins verticale. Déjà le volume étudiant est beaucoup moins important et il existe un apprentissage par l’action : nous avons des cours de cuisine, ils nous ont laissés développer un escape game à travers l’université. Il y a un grand espace de créativité qui me plaît beaucoup ici”.

Par contre, celle-ci se désole de rencontrer parfois des problèmes de réseau.
Je me rends dans des cafés pour préparer mes cours et éviter les problèmes de réseau.
Des défis pédagogiques
Les assistants témoignent tous d’une envie d'être créatif dans leurs enseignements et regrettent parfois leur impossibilité de le faire. Adrien explique ainsi que les professeurs ayant tellement de charge de travail et de contrainte, ils leur demandent de s’en tenir au manuel scolaire plutôt que d’explorer de nouveaux thèmes. Le problème est que ceux-ci sont parfois anciens et contiennent aussi des fautes.
"J’avais un livre où Jacques Chirac était encore président !" , s’amuse Charline. Adrien ajoute : "Certains contiennent même des fautes de grammaire ou d’orthographe".
“Les professeurs n’ont pas toujours l’opportunité de se former en continu ou encore de pratiquer la langue. Ce n’est vraiment pas par manque de motivation ou par manque de compétences et c’est justement là que l’on note l'importance des assistants de langues”, ajoute Olivia.
Un enrichissement personnel indéniable
Malgré les défis auxquels ils font face, tous reconnaissent l’aspect positif de leur expérience d’assistant de langue.
Sur le plan professionnel, “J’ai gagné en patience et en ouverture d’esprit”, affirme Adrien.
L’Inde a une réputation compliquée en Europe. Beaucoup ont témoigné des inquiétudes de leurs proches mais sur place, c’est très différent de ce à quoi l’on s’attend.
Charline témoigne “l’Inde est un désordre organisé qui fonctionne”.
La bienveillance et l’entraide marquent aussi leur expérience. "En Inde, rien n’est insurmontable", résume Olivia. Charline ajoute : “Ici, il y a toujours une solution, et l’on reçoit souvent de l’aide d’autres personnes. L’Inde est un pays de bienveillance”.
Sur le plan personnel, ils reconnaissent aussi les bienfaits de l'expérience.
L’Inde apprend la patience et le lâcher prise. Maxime raconte ainsi comment à son arrivée à Mumbai, les embouteillages et le bruit continuel étaient un problème auquel il était très sensible. Aujourd’hui, il tolère mieux le bruit des klaxons, les temps de trajet et a trouvé une nouvelle appréciation pour des choses qu’il n'appréciait pas assez en France comme le silence, la nature ou la propreté et le tri des déchets.
Lorsqu'on leur demande s’ils recommanderaient le programme, ils s’accordent tous sur ses bénéfices.
« L’Inde change notre regard sur le monde », conclut ainsi Adrien.
Si le programme d’assistant de langue vous intéresse, cliquez ici pour en savoir plus.
Un grand merci à Adrien, Charline, Maxime et Olivia pour nous avoir accordé cet entretien et à Prash Palanimalai, Attaché de coopération pour le français (zone ouest) de l’Institut français en Inde pour l’avoir facilité.
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