Méconnaissable lorsqu’on le sort de l’eau, ce poisson a longtemps été considéré comme le plus moche du monde. Désormais, le blobfish est la nouvelle star de la Nouvelle-Zélande.


Il y a des concours de Miss Univers, des classements des meilleurs pâtés en croûte, et en Nouvelle-Zélande, le prix du poisson de l'année. Et en cette année 2025, la vedette du podium est le blobfish, cet animal tristement célèbre pour sa mine déconfite et sa texture gélatineuse. Un résultat qui en dit long sur les critères esthétiques des Néo-Zélandais, ou peut-être simplement sur leur sens de l’humour. L’occasion aussi de sensibiliser à la protection des créatures marines que l’on rencontre peu souvent…
Un poisson à la tête de gélatine nommé le plus moche du monde
Le blobfish (“Psychrolutes marcidus” pour les intimes) est depuis longtemps affligé d’une réputation peu flatteuse : il a été élu en 2013 "animal le plus laid du monde" par la Ugly Animal Preservation Society. Pourtant, notre ami poisseux n’est pas si affreux lorsqu'il se trouve dans son habitat naturel, dans les abysses entre 600 et 1.200 mètres sous la surface de l'océan.
On le trouve au large des côtes australiennes et néo-zélandaises, où il évolue sous des pressions extrêmes grâce à une anatomie bien adaptée. Dépourvu de vessie natatoire, contrairement à de nombreux poissons, il possède très peu de muscles et un cartilage particulièrement léger, lui conférant une densité plus faible que l’eau. En réalité, son corps est essentiellement une masse gélatineuse. C'est en remontant à la surface qu'il prend son fameux aspect flasque et affligé, victime d'une pression étouffante... un peu comme nous le lundi matin.
Once dubbed the world’s ugliest animal, the blobfish has now been crowned New Zealand’s Fish of the Year, proving that beauty is truly in the eye of the beholder!#Blobfish #FishOfTheYear #NewZealand #MarineLife #UgliestAnimal #WildlifeConservation #NatureWins pic.twitter.com/n6Ec3tAbB1
— The Daily Guardian (@DailyGuardian1) March 18, 2025
Un vote populaire, peut-être moqueur, mais en faveur de la sensibilisation
L’organisation du concours en Nouvelle-Zélande, lancé en 2020 par Mountains to Sea Conservation Trust vise à sensibiliser le public à la conservation des espèces marines. Sur 5.583 votes, il en a reçu 1.286, devançant l'hoplostète orange de 300 voix, même si ce dernier était soutenu par des organisations comme Greenpeace qui appellent à l'arrêt de sa pêche. La Nouvelle-Zélande est responsable de 80 des captures mondiales, relève le Guardian. Pourtant, le vote pour le blobfish semble davantage relever d'une mobilisation ironique sur son physique, même si la problématique du chalutage de fond vaut pour les deux espèces.

Les scientifiques, eux, rappellent que cet animal, bien que peu répandu et difficile à étudier, mérite protection. Victime collatérale des chaluts de fond, il paie cher le prix de la pêche profonde, et sa surmédiatisation pourrait paradoxalement l’aider à obtenir un peu de considération, car malheureusement, le blobfish ne survit pas lorsqu'il est extrait de son habitat naturel. Dès qu'il est remonté trop rapidement à la surface, la chute brutale de pression provoque l'expansion de ses tissus et déforme son apparence. Cette décompression endommage aussi gravement ses organes internes, entraînant sa mort.
Ainsi, le blobfish ne peut être observé vivant qu’à une profondeur où il est en sécurité. C’est une triste réalité, montrant l’importance de protéger ses habitats et de sensibiliser à la préservation des espèces marines vulnérables.
Une réhabilitation en cours pour le blobfish
Ce titre de "Poisson de l'Année" est une victoire mi-figue mi-raisin pour ce poisson. Car si ce couronnement l'a propulsé au rang de star, c’est aussi l’occasion de rappeler que son espèce mérite autant d’attention que ses compères plus photogéniques.
Après tout, le blobfish n'a rien demandé. Peut-être qu'il voulait juste flotter tranquilement au fond de l'océan sans devenir un mème internet. Mais voilà, la gloire est tombée sur lui, et avec elle, une opportunité de faire réfléchir sur la beauté subjective et l'importance de la conservation marine. Rappelez-vous seulement que la prochaine fois que vous décidez de juger un poisson sur sa tête, sous pression, nous avons tous l'air un peu fatigués.
Sur le même sujet
