Fondée en 2021, l’Université de l’Ontario français (UOF) se distingue par son positionnement unique, son approche transdisciplinaire et sa volonté de répondre aux défis contemporains. Implantée au cœur de la métropole torontoise, elle cherche aujourd’hui à se faire une place de choix dans un paysage universitaire compétitif. Pour cela, elle mise sur l’innovation, l’inclusion et la francophonie d’ouverture. Rencontre avec Jean-Luc Bernard, vice-recteur de l’institution.


Une université pensée pour la francophonie ontarienne
« L’UOF est née d’une volonté collective de doter la francophonie ontarienne d’une université de plein droit, autonome, à Toronto », explique Jean-Luc Bernard vice-recteur aux partenariats, aux communications et au recrutement,. Ce projet, longtemps attendu, s’est concrétisé malgré des débuts houleux, marqués par la pandémie et la suspension temporaire des fonds provinciaux. « Il a fallu une véritable mobilisation citoyenne pour que l’université voie le jour. »
Aujourd’hui, l’UOF est la seule université entièrement francophone dans la région Centre-Sud-Ouest de l’Ontario. Elle représente une réponse concrète à des décennies de revendications en faveur d’un réseau d’éducation en français, du primaire à l’université.
Une offre de formation en pleine expansion
L’université a démarré avec quatre baccalauréats fondateurs : Cultures numériques, Pluralité humaine, Environnements urbains et Économie et innovation sociale. « Nous avons ajouté un baccalauréat en éducation, très demandé, et depuis septembre 2024, un baccalauréat en administration des affaires », souligne le vice-recteur.
L’établissement continue de diversifier son offre, avec de nouveaux programmes à venir dans les domaines de la santé mentale et du travail social. L’approche pédagogique de l’UOF repose sur la transdisciplinarité, l’apprentissage expérientiel et une forte composante numérique, rendant possible une certaine flexibilité pour tous les étudiants.

Une mobilité francophone qui crée des ponts
L’été 2023 a marqué une étape importante pour l’UOF avec le lancement de son premier programme d’échange universitaire avec l’Université de Montréal. « Neuf étudiants ont participé à cette expérience inédite, dont quatre de notre université qui ont passé deux mois à Montréal, pendant que cinq Montréalais rejoignaient notre campus à Toronto », rappelle Jean-Luc Bernard.
Pour des étudiants comme Steve Kawe ou Brice Andy Fodouop, originaires du Cameroun, cette immersion a permis de mieux comprendre les réalités contrastées de la francophonie canadienne. « C’était une belle expérience, surtout dans un contexte où la francophonie est parfois en minorité, comme en Ontario. Aller à Montréal m’a permis de faire le lien entre la bataille des francophones en Ontario et celle au Québec », confie Steve.
Une ambition de croissance portée par l’international
Avec environ 360 étudiantes et étudiants actuellement, dont un tiers issus de l’international, l’UOF vise un seuil de 1000 étudiantes et étudiants pour assurer sa viabilité à long terme. « On accueille des jeunes du Maroc, de la Côte d’Ivoire, de l’île Maurice… Ils sont très motivés, même si les nouvelles restrictions d’Immigration Canada complexifient les choses », regrette Jean-Luc Bernard.
L’UOF cherche à séduire autant la jeunesse canadienne que les talents de la francophonie internationale. Pour cela, elle met en avant son caractère inclusif et ses valeurs d’ouverture. « La langue française n’est pas toujours la priorité des jeunes, mais l’originalité de nos programmes les attire. »
Un campus au cœur de Toronto, mais pas encore un foyer
L’université bénéficie d’un campus moderne et bien situé, mais souffre d’un manque de logements adaptés pour ses étudiants. « L’hébergement reste un frein majeur. On a besoin de lieux sûrs, accessibles, idéalement francophones », affirme Jean-Luc Bernard. À ce titre, il accueille favorablement toute initiative de résidences francophones portées par des partenaires, dans une logique de mobilité et de communauté.
Cette dimension est d’ailleurs au cœur des projets futurs, comme la collaboration avec le Réseau international des Maisons des Francophonies (RIMF), pour favoriser l’ancrage des étudiants dans un environnement culturellement francophone.
Une université jeune, mais résolument tournée vers l’avenir
Le nouveau plan stratégique 2024-2028 place les mots « pertinence, excellence et croissance » au cœur de la démarche. L’UOF entend ainsi devenir « une référence en contexte linguistique minoritaire au Canada », selon les termes de sa vision institutionnelle.
« Nous ne voulons pas seulement exister, nous voulons rayonner », insiste Jean-Luc Bernard. Cela passera par des partenariats forts, un renforcement de la notoriété, et une diversification des sources de financement. Car dans un système de plus en plus basé sur la performance, l’UOF n’a pas le droit à l’erreur.
L’UOF, entre enracinement local et ambition globale
Quatre ans après l’accueil de sa première cohorte, l’UOF franchit une nouvelle étape dans sa jeune histoire. Portée par l’énergie d’une équipe engagée et le rêve d’une francophonie durable, elle avance avec audace dans un univers postsecondaire en mutation. Reste à savoir si la société ontarienne – et au-delà, canadienne – saura entendre cette voix singulière et lui donner les moyens de ses ambitions. Et si, demain, une véritable mobilité étudiante francophone pouvait voir le jour au Canada ?
Article réalisé en collaboration avec le RIMF, avec le soutien de l’Organisation Internationale de la Francophonie
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